
Lakshmi
Lakṣmī, en sanskrit
pas du tout peur
Lakshmi est la déesse de la prospérité, de la chance et de la beauté, vénérée dans toute l’Inde. La tradition raconte qu’elle naquit de nouveau quand les dieux et leurs rivaux barattèrent ensemble l’océan de lait pour obtenir le nectar d’immortalité : des vagues émergea Lakshmi, assise sur une fleur de lotus. Elle est l’épouse de Vishnou, et quand il descend sur la terre elle l’accompagne sous une autre forme, par exemple comme Sita aux côtés de Rama. On la représente avec quatre bras, des fleurs de lotus et des pièces d’or qui tombent de ses mains.
Le savais-tu ? pendant Diwali, la fête des lumières, beaucoup de familles dessinent devant la porte le rangoli, un dessin de poudres colorées, pour accueillir Lakshmi.
L’histoire
Il y a très longtemps, dans le ciel d'Indra, il y avait un âge d'abondance.
Les dieux ne connaissaient pas la faim. Ils ne connaissaient pas le froid. Le royaume d'Indra, seigneur du ciel et des orages, fleurissait de jardins, et de sa cour arrivait dans tous les mondes un parfum de richesse et de paix. Cela arrivait parce qu'en ces jours Shri vivait avec eux.
Shri est un des noms de Lakshmi : la déesse de la chance, de la prospérité, de la beauté. Là où elle se trouve, les récoltes sont bonnes, les maisons sont en ordre et les gens ont de quoi vivre. Elle était née, en un temps ancien, de l'épouse du sage Bhrigu, et était depuis toujours la compagne du dieu Vishnou.
Un jour, à travers le monde, marchait le sage Durvasa.
C'était un sage sévère, de ceux qui ne laissent pas passer un tort. Une jeune fille du ciel lui fit don d'une guirlande de fleurs parfumées. Durvasa la porta au ciel d'Indra et la lui offrit.
Indra la prit, et la mit au cou de l'éléphant qu'il chevauchait, Airavata, l'éléphant blanc des grands dieux. Mais l'éléphant ne comprit pas. Il sentit le parfum, souleva la guirlande de sa trompe et la jeta à terre, en la piétinant.
Durvasa devint rouge de visage.
« Tu as méprisé mon cadeau », dit-il à Indra. « Un don fait par un sage, et tu l'as traité comme un bout de chiffon. Pour ton orgueil, la richesse des trois mondes te quittera. »
Et il en fut ainsi.
Cette nuit-là, Shri s'en alla. Elle quitta le ciel, la terre et les régions d'en bas, et se retira dans l'océan de lait, à l'endroit où personne n'arrivait. Dans la salle d'Indra les lampes s'abaissèrent d'elles-mêmes, l'une après l'autre, et les fleurs dans les vases penchèrent la tête. Indra s'en aperçut et comprit trop tard ce qu'il avait perdu. Le lendemain, les trois mondes commencèrent à se flétrir. Les récoltes donnèrent peu. Les maisons se vidèrent. Les dieux eux-mêmes, qui auparavant rayonnaient de force, devinrent faibles. Et leurs rivaux, les asouras, s'en aperçurent.
Ils attaquèrent. Ils vainquirent. Les dieux, vaincus, s'enfuirent sur la plus haute montagne et se tournèrent vers Brahma, le créateur, qui les conduisit à Vishnou.
Vishnou les écouta en silence. Puis il parla d'une voix calme.
« Faites la paix avec les asouras pour un temps. Ensemble, barattez l'océan de lait. De là viendra le nectar de l'immortalité, et avec lui vous redeviendrez forts. Mais l'entreprise est grande, et ne peut être faite par un seul camp. »
Les dieux et les asouras, ennemis depuis toujours, acceptèrent le pacte. C'était le seul moyen.
Ils prirent le mont Mandara comme bâton pour baratter l'océan. Ils prirent Vasouki, le serpent aux nombreuses têtes, comme corde. Les dieux tinrent la queue, les asouras la tête. Et Vishnou, pour servir de support à la montagne qui autrement aurait sombré dans la mer, prit la forme d'une énorme tortue et se mit sous la montagne.
Ils commencèrent à tirer.
La montagne tournait, en avant et en arrière, en avant et en arrière, et l'océan de lait écumait sous leurs efforts. Le bruit s'entendait d'un bout à l'autre de l'univers. Aucun des deux camps ne s'arrêta pour se reposer. Pendant des heures, des jours, des années. Les dieux suaient et les démons haletaient. Vasouki sifflait. L'eau blanche se levait en vagues qui ressemblaient à des montagnes.
Puis, des vagues, commencèrent à monter des dons.
D'abord une vache, qui exauçait tous les désirs. Puis un arbre en fleurs, dont le parfum remplissait les mondes. Puis des jeunes filles célestes, et la lune, pâle et ronde. Les dieux regardaient et n'osaient parler. Parmi les dons apparut aussi un homme tenant une coupe entre les mains : Dhanvantari, le médecin des dieux, avec l'amrita, le nectar qui donne l'immortalité.
Les asouras réclamaient tout ce qui sortait de l'eau, et les dieux, qui ne voulaient plus de querelles, les laissaient faire. Mais ce n'était pas encore fini.
La mer devint calme. L'eau s'ouvrit, comme une tente, et du fond monta une fleur. Un grand lotus rose. Et sur le lotus, assise, un autre lotus à la main, une femme d'une beauté que personne n'avait jamais vue.
C'était Shri. C'était Lakshmi.
Les dieux se turent. Les sages, qui étaient présents, commencèrent à chanter un hymne en son honneur, doucement, les voix tremblantes. Les fleuves sacrés, la Ganga et les autres, descendirent la baigner. Les éléphants des points cardinaux la lavèrent en versant de l'eau de vases d'or. L'océan lui-même lui apporta en don une guirlande de fleurs de lotus qui ne se fanaient jamais.
Lakshmi ne regarda pas les dieux. Elle ne regarda pas les asouras, qui tendaient déjà les mains vers elle. Elle regarda un seul point.
Vishnou la regardait à son tour.
Elle s'approcha de lui. Elle lui mit la guirlande au cou. Et se posa, légère, sur sa poitrine, où elle resterait.
Les asouras, qui avaient tant combattu pour elle, comprirent qu'ils l'avaient perdue. Sans elle, même les plus forts avaient perdu la moitié de leur force. Les dieux, eux, sentirent revenir la vigueur, comme après une longue maladie. Le ciel d'Indra refleurit.
Et Indra, qui avait appris, s'inclina devant elle et lui dédia un hymne.
On raconte que Lakshmi ne quitte jamais celui qui l'honore d'un cœur sincère. Elle ne choisit pas les riches et ne choisit pas les puissants. Elle choisit les maisons où l'on travaille avec honnêteté, où l'on accueille celui qui frappe à la porte, où il y a de l'ordre et de la gratitude. Et elle se retire, en silence, là où règnent l'orgueil et l'avidité.
Quand Vishnou descend sur la terre pour aider les hommes, elle descend avec lui. Dans le Ramayana elle est Sita, l'épouse de Rama, qui le suit dans la forêt et l'attend dans les jours les plus difficiles.
Et aujourd'hui encore, la nuit de Diwali, la fête des lumières, les familles allument de petites lampes le long des seuils. Devant la porte elles dessinent le rangoli, un tapis de poudres colorées, en forme de fleurs de lotus. Et beaucoup laissent la porte ouverte.
Pour lui montrer le chemin, si elle veut entrer.
Une tradition vivante, racontée avec respect : comment nous racontons les mythes.
Cousins dans le monde
Écoute / Lis aussi
- Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music
Sources
- « Vishnou Purana », livre I
- David Kinsley, « Hindu Goddesses », University of California Press (1986)
