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Un dieu barbu à la haute couronne à cornes qui souffle un vent fort sur une ville de brique

dieu du vent et de l’airNippour, en Irak · La mythologie mésopotamienne

Enlil

« seigneur du vent », en sumérien

un peu peur

Enlil était le dieu du vent, de l’air et des tempêtes, et pendant de nombreux siècles le chef des dieux sumériens. Dans les poèmes de création sumériens, on disait que c’était lui qui avait séparé le ciel de la terre. Il gardait les « tablettes du destin », qui donnaient le pouvoir sur tout : une fois un oiseau géant, Anzu, les lui vola, et il fallut un dieu guerrier pour les reprendre. Enlil était sévère et peu patient : dans le poème d’Atrahasis, il décide d’envoyer le déluge parce que les hommes, devenus trop nombreux, faisaient un bruit qui ne le laissait pas dormir.

Le savais-tu ? son grand temple était à Nippour, une ville qui ne fut jamais capitale mais était le centre religieux de toute la Mésopotamie.

L’histoire

À Nippur, au cœur de la terre entre les deux fleuves, il y avait une maison sur la montagne qui n'était pas une maison d'hommes.

Elle s'appelait Ekur, et dedans habitait Enlil. Il était le dieu du vent et des tempêtes, et les Sumériens l'appelaient « seigneur de l'air ». On disait que c'était lui qui avait détaché le ciel de la terre, quand ils n'étaient encore qu'une seule chose. Sous son trône se trouvaient les tablettes du destin, celles qui donnent le pouvoir sur toutes choses : une fois un oiseau géant du nom d'Anzu les lui avait volées, et un dieu guerrier avait dû les reprendre.

Enlil n'aimait pas les surprises. Il aimait l'ordre, le calme, le temps qui passe doucement.

Et il aimait, plus que tout, dormir.

Au début les hommes étaient peu nombreux. Les dieux les avaient faits, mêlant l'argile et le sang d'un dieu, pour travailler la terre à leur place. Ils restaient dans les champs, creusaient les canaux, portaient les offrandes. Ils ne dérangeaient personne.

Mais les hommes se multiplièrent.

Des siècles passèrent, puis d'autres siècles. Les villes grandirent derrière leurs murs. Les rues se remplirent de chars, de marchands, d'enfants qui criaient, de femmes qui appelaient, de forgerons qui frappaient le cuivre. Le monde se mit à bourdonner comme une ruche.

Et une nuit, dans sa maison sur la montagne, Enlil se réveilla.

Le bruit montait de la terre comme un mugissement de taureaux. C'était le brouhaha de millions de voix, de pas, de portes, de querelles. Enlil se tourna sur le côté et se tira le drap sur la tête. Cela ne servit à rien. Le bruit lui entrait dans les oreilles, lui remplissait la chambre, lui cognait dans la tête.

Il se leva. Il marcha de long en large dans le noir.

Quand le jour vint il convoqua les autres dieux.

« Je n'en peux plus », dit-il. « Le vacarme des hommes m'empêche de dormir. Il faut les réduire. »

Il envoya d'abord une peste.

La maladie traversa les villes comme un vent froid. Les gens commencèrent à mourir, et le monde devint plus silencieux, mais pas autant qu'Enlil l'espérait. Dans une maison, au fond d'un village, vivait un homme très sage du nom d'Atrahasis, qui était l'ami d'Enki, le dieu de l'eau et de l'intelligence. Enki était un dieu qui aimait les hommes, et ne pouvait supporter de les voir souffrir. Il parla à Atrahasis en cachette.

« Dis aux anciens », lui suggéra-t-il, « de ne plus faire d'offrandes aux autres dieux. Qu'ils apportent du pain seulement à Namtar, le dieu de la peste. Qu'ils le supplient avec un cadeau. Un dieu qui reçoit un cadeau refuse difficilement. »

Atrahasis obéit. Le dieu de la peste, flatté, se retira. La maladie cessa.

Mais les hommes, bientôt, recommencèrent à faire du bruit.

Enlil ne dormait plus depuis des mois. Tout le monde le savait, dans l'Ekur : il était de mauvaise humeur, cela se lisait dans ses yeux. Il appela Adad, le dieu de la pluie, et lui ordonna de retenir l'eau. Pendant six ans le ciel resta fermé, les champs se desséchèrent, et la faim parcourut les rues. Enki dit encore à Atrahasis quoi faire, et de nouveau les hommes se sauvèrent de justesse.

C'est alors qu'Enlil perdit patience.

Il rassembla les dieux et leur fit prêter serment. Jurer tous, un par un, que personne ne révélerait aux hommes ce qui allait arriver. Il voulait un déluge. Une eau haute, grande, qui nettoie la terre de toute voix.

Enki jura. Mais il jura comme jurent les rusés, avec les mots justes.

Cette nuit-là Atrahasis dormait dans une cabane de roseaux. Enki s'approcha, et ne lui parla pas à lui : il parla au mur.

« Mur de roseaux, écoute-moi », dit-il. « Cabane, écoute mes paroles. Abats ta maison et construis une barque. Laisse les richesses et sauve ta vie. Fais-la grande, avec un toit, et enduis-la de bitume au-dedans et au-dehors. »

Atrahasis, dans son sommeil, entendit. Et au matin il se mit au travail.

Le jour du déluge vint sans prévenir. Le ciel devint noir. Adad rugit. Les digues se rompirent, les fleuves gonflèrent, et l'eau descendit en une seule masse, comme si le monde avait été renversé. Atrahasis monta sur la barque avec sa famille et les animaux. Il scella la porte.

Pendant sept jours et sept nuits la tempête fut sans pitié. De l'intérieur de la barque, les gens entendaient l'eau battre la coque comme mille poings. Dehors le monde était une étendue grise, sans une voix, sans une maison. Enfin il y avait du silence.

Enlil l'entendit, ce silence, de son trône.

Il devrait être heureux, pensa-t-il. Il pouvait dormir. Et pourtant, dans la nuit la plus longue, quelque chose ne le quittait pas. Les dieux, à côté de lui, pleuraient. La grande déesse qui avait créé les hommes était assise seule, en deuil. Personne n'avait plus de pain à lui apporter, plus d'offrandes. Les dieux avaient faim, et le ciel était vide de prières.

Quand l'eau se retira, la barque d'Atrahasis se posa sur une montagne. Atrahasis sortit, offrit un sacrifice. Le parfum monta au ciel, et les dieux, affamés, s'y pressèrent comme des mouches.

Enlil arriva le dernier.

Il vit la barque. Il vit les hommes vivants.

« Qui a trahi le serment ? » cria-t-il. « Personne ne devait survivre ! »

Enki répondit avec calme. Il dit n'avoir rien révélé à personne : il avait seulement parlé à un mur, et un homme sage avait écouté. Il dit que tout exterminer avait été trop, et qu'un monde sans hommes était un monde sans pain pour les dieux. Et il lui proposa un pacte : les hommes resteraient, mais en nombre limité. Ils mourraient, de temps à autre, de maladie ou de vieillesse. Certaines femmes n'auraient pas d'enfants. Ainsi le monde ne ferait plus trop de bruit.

Enlil resta longtemps silencieux.

Dans une autre version de cette histoire, celle que les scribes mirent dans l'« Épopée de Gilgamesh », ce fut lui, à la fin, qui monta sur la barque. Il prit le survivant par la main, lui toucha le front, et le bénit : il lui dit qu'il serait comme les dieux, et l'envoya vivre au loin, à l'embouchure des fleuves. Personne ne sait s'il le fit par pitié ou par lassitude.

Peut-être pour les deux.

Enlil retourna à Nippur, à l'Ekur, à sa maison sur la montagne. Il s'étendit sur son lit. Il ferma les yeux.

De la terre montaient peu de bruits, maintenant. Quelques voix, quelques pas, un chien qui aboyait au loin. Un monde plus petit et plus tranquille, qui savait devoir faire attention.

Le seigneur de l'air soupira, et enfin il dormit.

Écoute / Lis aussi

  • Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music

Sources

  • « Atrahasis » (XVIIIe siècle av. J.-C.)
  • « Le mythe d’Anzu »
  • Jeremy Black et Anthony Green, « Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia », British Museum Press (1992)
Ciro Simone Irmici

Qui est derrière

Ciro Simone Irmici

Je construis des sites web, des applications et des jeux. L’Atlas, je l’ai construit avec l’intelligence artificielle et je vérifie moi-même chaque fiche et chaque source. Je ne suis pas un spécialiste de mythologie : je raconte les légendes avec respect et je dis toujours d’où elles viennent. Si tu connais une légende de ton village, écris-moi.

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